Mot de la présidente

Projet de loi 59, un mépris pour les femmes

C’est presque incroyable d’entendre le ministre du Travail, Jean Boulet, ainsi qu’Isabelle Charest, ministre responsable de la Condition féminine, qui se targuent de clamer haut et fort que la réforme qui vise les lois en santé-sécurité au travail se veut une mise à jour féministe. D’ailleurs, lorsque la ministre est interpelée à ce sujet elle cherche ses mots… et avec raison.

Rappelons-nous que les quatre grands mécanismes de prévention que sont un comité de santé-sécurité, un programme de santé spécifique à l’établissement, un programme de prévention et un représentant à la prévention s’appliquent à seulement 15 % du marché du travail depuis plus de 35 ans maintenant. Le conseil d’administration de la CNESST qui avait la responsabilité d’étendre les mesures à l’ensemble des secteurs d’activité a refusé d’agir. 

Aujourd’hui, le ministre préfère saupoudrer avec parcimonie des éléments mineurs des mécanismes de prévention, en introduisant la notion qu’il qualifie de « niveau de risque », tout en enlevant ce qui va bien dans les groupes prioritaires actuellement. Et il récupère allègrement dans les règles d’indemnisation au grand plaisir des associations patronales. 

Selon les niveaux de risque proposés, nous retrouvons 74,9 % des femmes travaillant dans un secteur d’emploi jugé à faible risque contre 51,6 % des hommes, ce qui entrainerait des doubles standards sur le plan de la prévention. Selon le Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail (CIAFT), les femmes sont exposées à des risques majeurs qui ont été souvent sous-estimés. En se basant sur les indemnisations passées pour créer les niveaux, on crée un cercle vicieux qui perpétue la discrimination envers les femmes car elles ont historiquement sous-déclaré leurs lésions. De plus, la détresse psychologique est un fléau trop peu souvent accepté par la CNESST. Rien dans le projet de loi ne corrige cette situation, au contraire.

De plus, il est assez incongru, en ces temps de pandémie, de constater que les milieux de la santé, de l’éducation et de la petite enfance soient considérés en tant que milieux à faible risque. À ce sujet, aucune négociation n’est possible. Nous continuons d’exiger que les mécanismes de prévention soient appliqués intégralement à tous les secteurs d’activités, et ce, sans distinction aucune.

En ce qui concerne le retrait préventif des femmes enceintes ou qui allaitent, l’avis du médecin traitant ne sera plus prépondérant mais plutôt assujetti à des normes nationales. À défaut de retrouver un danger dans ces normes, il reviendra au médecin de la compagnie de déterminer si danger il y a. 

Bien que nous retrouvions l’introduction d’une obligation de protéger la travailleuse victime de violence conjugale sur les lieux du travail, les intentions du ministre s’arrêtent là. Sans véritable moteur, il s’agit d’une énonciation qui a des grandes chances de demeurer vœux pieux à même titre que l’énoncé dans la loi, depuis 40 ans, d’une obligation « d’éliminer à la source même des dangers pour la santé, la sécurité et l’intégrité physique des travailleurs ».

Jean Boulet nous répète qu’il vise à mettre l’accent sur la prévention afin de réduire les coûts d’indemnisation. Pourtant, les coupures qu’il projette seront en vigueur à l’adoption alors que les mécanismes de prévention édulcorés prendront effet entre 2023 et 2025 seulement. Il ne se gêne même pas pour quantifier sa volonté de récupération qui pourrait atteindre 4,3 milliards de dollars de façon cumulative sur dix ans. Le projet de loi, dans sa forme actuelle, ferait reculer dramatiquement les droits des victimes d’accidents de travail ou de maladies professionnelles; en ne s’attaquant pas aux problèmes de judiciarisation du régime, la tendance de celles-ci de se tourner vers les assurances collectives se poursuivra sans doute. Projet de loi féministe? Vraiment M. le ministre?

Sur ce, je vous souhaite un bon 8 mars!


Extrait du numéro de mars 2021 du journal Le Réflexe

Brèves de combat | Actualité sociale et syndicale

Des militantes du syndicat du CPE ont bravé le froid le 7 décembre dernier pour une action de visibilité sur Henri-IV.

Les travailleuses des CPE se mobilisent

Des actions de visibilité ont eu lieu à la grandeur de la province, début décembre, pour attirer l’attention sur le fait que les travailleuses des CPE qui doivent s’absenter du travail en raison de la COVID-19, en attente du résultat d’un test par exemple, doivent le faire à leurs frais. Les syndiquées des CPE demandent le même traitement que le personnel du réseau scolaire, à savoir que le gouvernement finance tous les congés du personnel qui se trouve en isolement préventif.

« Rappelons que depuis le début de la crise, soit le 16 mars dernier, les travailleuses en CPE sont au rendez-vous », a déclaré Mélanie Pelletier, présidente du syndicat, « pourquoi sont-elles une fois de plus traitées de façon inéquitable ? Elles doivent être reconnues et avoir accès aux congés pour l’isolement préventif, c’est un minimum dans la situation actuelle. »

À Québec, des membres du Syndicat des travailleuses et des travailleurs en CPE de la région de Québec– Chaudière-Appalaches (CSN) ont déployé une bannière sur le viaduc du chemin des Quatre-Bourgeois, au-dessus de l’autoroute Henri-IV.

Dépôt syndical

Par ailleurs, le processus de négociation dans les CPE est bel et bien enclenché. Les demandes syndicales ont été déposées le 1er février dernier. Selon la CSN, le phénomène de pénurie de main-d’œuvre observable actuellement était à prévoir et il faudra donner un sérieux coup de barre aux conditions de travail pour assurer la survie du réseau des CPE.


Les syndicats de la Davie revendiquent le Diefenbaker

À la veille du congé des fêtes, les trois syndicats CSN du Chantier Davie ont organisé une sortie publique pour revendiquer le contrat de construction du brise-glace polaire Diefenbaker.

« Tout ce qui traine se salit et c’est visiblement le cas du contrat de construction du Diefenbaker », affirme Ann Gingras, présidente du conseil central, « on nous avait dit en février dernier que ce n’était qu’une question de quelques semaines, mais l’annonce n’est toujours pas faite. »

Malgré toutes les annonces depuis l’arrivée en poste des libéraux, la construction de navires n’est toujours pas recommencée au Chantier Davie. « Jusqu’à maintenant, tout ce qu’on a ce sont des contrats d’entretien et de réparation, aucune construction, le chantier vivote et les travailleurs et les travailleuses n’ont toujours pas l’ouvrage qui leur a été promis », rappelle Herman Labrecque, président du Syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon inc., « tout ce que l’on demande c’est d’être traité comme les autres chantiers maritimes du pays afin d’obtenir notre part des contrats. »

De son côté, Joey Gingras, vice-président du Syndicat des employés du corps de sécurité de Davie, souhaite pour 2021 « de la sécurité d’emploi pour tous les travailleurs du chantier. Nous avons été assez patients. » Jonathan Daraîche, président du Syndicat des employés de bureau du chantier naval de Lévis – CSN, soutient pour sa part que « sans le contrat du Diefenbaker, nous roulons à effectif réduit, c’est intenable.  On veut du concret, que les annonces aboutissent et se traduisent en travail. » Pour sa part, David Laroche, du même syndicat, déplore la lenteur administrative pour la poursuite du contrat des trois brise-glaces intermédiaires. « Nous avons fait un excellent travail pour la conversion du CCGS Jean Goodwill, qui a été livré dans les échéanciers et dans le budget. Malgré cette réussite, les conversions complètes des deux autres navires, le CCGS Captain Molly Kool et le CCGS Vincent Massey, tardent à démarrer. Pourtant, elles avaient été annoncées par le premier ministre Trudeau en 2018. »

Tous s’entendent : si le gouvernement Trudeau ne donne pas un coup de barre rapidement, l’année 2021 ressemblera en tous points aux années précédentes pour le chantier naval Davie.


Négociations du secteur public

Le conseil central fait la tournée des député-es

Des militantes et des militants du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN) ont visité les bureaux de comté de plusieurs député-es et ministres de la CAQ (Éric Caire, Geneviève Guilbault, Marie-Ève Proulx, Isabelle Lecours et Émilie Foster) au début décembre. De grands panneaux portant le message « Urgence d’agir : services publics à rebâtir » ont été installés devant leurs bureaux de comtés respectifs.

« Nous avons voulu rappeler aux député-es de la CAQ que les travailleuses et travailleurs du secteur public sont sans convention collective depuis le 31 mars dernier. Nous avons donc décidé de leur faire parvenir notre message par le biais de panneaux d’affichage », explique Ann Gingras, présidente du conseil central. « Nos services publics sont en train de s’écrouler. On parle ici de femmes et d’hommes qui se dévouent à la population tous les jours. Il faut de toute urgence les relever et, pour ça, ça prend une reconnaissance et un règlement satisfaisant aux tables de négociation du secteur public. »


Lancement du Flexibus

Le syndicat des chauffeurs dénonce le manque de transparence de la direction du RTC

Le Syndicat des employés du transport public du Québec métropolitain inc. (CSN), qui représente les chauffeurs du RTC, dénonce le manque de transparence de la direction du RTC dans le dossier du nouveau système de transport à la demande (Flexibus).

« Ça fait des mois qu’on interpelle la direction sur ce dossier et jusqu’à la dernière minute nous n’avions jamais eu de retour », explique Hélène Fortin, présidente du syndicat. Ce n’est que le 25 janvier que la direction a finalement présenté au syndicat son projet. « Entre ce dont on nous avait parlé il y a deux ans, qui consistait essentiellement en un service pour amener les usagers aux arrêts de bus les plus près, et ce qui a été présenté en conférence de presse, il y a une marge. Le moins que l’on puisse dire c’est que cela manque de transparence », dénonce Hélène Fortin.

Selon les informations disponibles, le nouveau service serait opéré par des fournisseurs et non par les employé-es du RTC. « Nous avons des clauses encadrant et limitant la sous-traitance dans notre convention collective », rappelle Hélène Fortin, « on aurait aimé en entendre parler avant que ça ne soit annoncé dans les médias. »

Le syndicat examine actuellement ses recours dans ce dossier et a mandaté le Service juridique de la CSN pour faire les analyses pertinentes.


Un décès est un décès de trop

Oscar Anibal Rodriguez avait répondu à l’appel du premier ministre pour aller prêter main-forte dans les CHSLD.

C’est avec tristesse et consternation que nous avons appris le décès, le 2 janvier dernier, de M. Oscar Anibal Rodriguez, un préposé aux bénéficiaires du CHSLD Saint-Antoine, des suites de la COVID-19.

« Un décès est un décès de trop. Ça m’attriste au plus haut point et j’offre mes condoléances à la famille et aux proches de M. Oscar Anibal Rodriguez. Je rappelle que la COVID-19, ce n’est pas juste sérieux, c’est extrêmement dangereux pour les personnes qui sont au front et dont le quotidien est de prendre soin des autres. En ce sens, j’implore la population à suivre les consignes sanitaires et j’exige de meilleures protections pour les personnes salariées du réseau », a réagi Richard Boisssinot, président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale (CSN).

Informaticien de formation, M. Rodriguez était l’une des personnes ayant répondu à l’appel du premier ministre pour aller prêter main-forte dans les CHSLD. Il suivait la formation accélérée pour devenir préposé aux bénéficiaires, mais n’avait pas encore reçu le vaccin. 

Bien des faits restent à éclairer dans cette affaire, notamment sur le statut de M. Rodriguez (employé ou étudiant ?); c’est pourquoi le syndicat entend collaborer étroitement avec la CNESST qui mène actuellement une enquête pour déterminer les causes du décès et si des lacunes ont pu y mener.

Le conseil central offre ses plus profondes condoléances à la famille de M. Oscar Anibal Rodriguez, à ses proches et à ses collègues de travail. Personne ne devrait jamais perdre la vie en essayant de la gagner.


Rien ne va plus à la Coopérative funéraire des Deux Rives

Le syndicat demande des « primes COVID »… et de nouveaux collègues pour ses membres.

Surmenage, manque de reconnaissance, mauvaise gestion de l’organisation et de ses effectifs, pénurie de main-d’œuvre, démissions, rien ne va plus à la Coopérative funéraire des Deux Rives; tellement que le syndicat a décidé de faire une sortie dans les médias le 8 février.

« La situation s’est dégradée au travail depuis quelques années avec une accélération soudaine à cause de la pandémie », explique Catherine Caron, présidente du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de la Coopérative funéraire des Deux Rives. La pandémie a frappé l’organisation de plein fouet à un moment de faiblesse, entraînant de nombreuses démissions et des départs en maladie.

« On manque de gens dans tous les départements et ça ne fait qu’empirer », explique la présidente, « à titre d’exemple, alors que nous avions douze brancardiers au début de la pandémie, il n’y en a plus que huit aujourd’hui, et encore, il y a eu une nouvelle embauche. » Le manque d’effectif crée une surcharge de travail et occasionne beaucoup de surtemps. « Globalement, nos membres sont exténués, ce n’est pas tenable », confie Catherine Caron.

« Prime COVID »

Irritant supplémentaire, la coopérative a choisi de mettre fin, le 20 juin, à une « prime COVID » de 2 $ de l’heure ainsi qu’à une prime à l’acte qui était rétroactive au 13 mars. « Là, on est en pleine deuxième vague, on doit composer avec une grande surcharge de travail, mais il n’y a plus de prime », dénonce Catherine Caron, « les membres le prennent comme un manque de respect, ils ont l’impression de se faire presser le citron. » Pour la syndicaliste, cette attitude va clairement à l’encontre de l’esprit coopératif qui devrait animer l’entreprise funéraire.

« Dans l’immédiat, on demande une “prime COVID” pour les brancardiers et les thanatologues », poursuit Catherine Caron, « mais, c’est clair que ce que ça va prendre c’est l’embauche de nouveaux collègues pour combler tous les besoins de l’organisation, on ne pourra pas continuer longtemps comme ça, à effectif réduit. »

Sourde oreille

Les relations sont difficiles, l’employeur n’est pas à l’écoute des travailleuses et des travailleurs et ne retient aucune suggestion du syndicat pour atténuer plusieurs problématiques. Comme pour illustrer le point, la réaction de l’employeur à la sortie médiatique fut d’inviter le syndicat à débuter les négociations pour le renouvellement de la convention collective… alors même que les conditions sanitaires ne permettent pas de réunir les membres pour adopter le projet de négociation.

« On demande le respect, tout simplement, et on va s’organiser pour l’avoir! » – Catherine Caron, présidente du syndicat


Transport médical de la Capitale-Nationale

Les chauffeurs-accompagnateurs revendiquent la « prime COVID »

Le Syndicat des employés de Transport médical de la Capitale-Nationale – CSN et le Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN) ont tenu un point de presse début janvier sur la demande d’une « prime COVID » pour les chauffeurs-accompagnateurs du service de transport médical et d’accompagnement de la Capitale-Nationale. 

Rappelons que, malgré des demandes répétées, les chauffeurs-accompagnateurs du service de transport médical et d’accompagnement de la Capitale-Nationale ne reçoivent toujours pas la « prime COVID » à laquelle ont droit les autres salarié-es du réseau de la santé qui sont exposés à la COVID-19.


Le 17 février dernier, des membres du SPCFXG-CSN sont allés liver un message clair au Conseil du trésor par un froid glacial : il est temps que les négos débloquent!

Action de visibilité des profs de Garneau

« Réveille-toi mon trésor! »

Des profs du Cégep Garneau sont allés livrer mercredi matin, 17 février, un message au Conseil du trésor sur Grande-Allée : La lune de miel est terminée, il est temps que les négos débloquent !

C’est dans le cadre des trois semaines d’actions « 45 cégeps, 45 actions » de la FNEEQ-CSN, que le Comité de mobilisation du Syndicat des professeur-e-s du Collège François-Xavier-Garneau (CSN) avait donné rendez-vous aux membres du syndicat.

Rappelons que, la semaine dernière, les membres du SPCFXG (CSN) ont adopté à une écrasante majorité un mandat de moyens de pression incluant la planficiation de l’exercice de grève au moment jugé opportun.


Engagement communautaire

Don de 3800 $ à la Maison Revivre

Ann Gingras et Louis Hamel, respectivement présidente et trésorier du conseil central, ont remis des chèques totalisant 3 800 $ à Martin Maurice, directeur général de la Maison Revivre, pour les paniers de Noël de l’organisme.

Habituellement, le conseil central organise une collecte de denrées, ce qui s’est avéré impossible cette année. La générosité des salarié-es et des 

élu-es de l’édifice de la CSN et de plusieurs syndicats affiliés aura permis de récolter une somme de 3 800 $. Merci à tous et toutes pour les dons. Avec la pandémie, les besoins sont grandissants, il faut plus que jamais demeurer solidaires.


Fin de la semaine carence à l’assurance-emploi

Une bonne nouvelle pour les chômeuses et chômeurs : le gouvernement fédéral a décidé de retirer la semaine de carence pour recevoir les prestations régulières de l’assurance-emploi. 

Il n’y aura donc plus de délai d’une semaine entre le moment de votre fin d’emploi et le début de vos prestations, et ce, jusqu’en septembre 2021.

Les groupes communautaires et les syndicats demandent évidemment au gouvernement de rendre cette mesure permanente.


Extrait du numéro de mars 2021 du journal Le Réflexe

Vie du mouvement | 66e congrès de la CSN

Comme on peut s’en douter, un congrès virtuel implique un important dispositif technique. C’est quasiment un studio de télévision qui s’est installé au siège social de la CSN, à Montréal. Photo : Dominic Morissette.

Retour sur le congrès de la CSN

Le 66e Congrès de la CSN s’est tenu en ligne du 18 au 21 janvier 2021. Prévue à l’origine pour juin 2020, à Québec, l’instance suprême de la confédération a dû être reportée pour cause de pandémie mondiale. Premier congrès virtuel de l’histoire de la centrale, on peut se dire mission accomplie ! Retour sur une semaine bien remplie. 

À noter, tous les documents présentés et adoptés ainsi que plusieurs vidéos des moments clefs du congrès sont sur la page du congrès sur le site de la CSN.

Préserver l’essentiel

Lorsque le bureau confédéral a dû se résoudre à la tenue d’un congrès virtuel, il s’agissait pour le moins d’un pari risqué. Comment réussir à préserver l’essentiel, la démocratie propre à notre mouvement, tout en respectant les consignes sanitaires de la santé publique ? Pas le choix, sinon de reporter le congrès aux calendes grecques, il fallait opter pour un mode virtuel. 

Un important travail en amont, notamment de priorisation, a permis d’alléger sensiblement la formule et de cibler l’essentiel des sujets à traiter. Ce fut donc une version light du congrès auquel les membres ont eu droit. La formule des ateliers, une vingtaine au total, a permis de préserver un précieux espace de débat. Rien ne remplacera jamais les rencontres en personnes mais la popularité relative de l’évènement, plus de 2 000 participantes et participants dont quelque 1 466 délégué-es provenant de 418 syndicats, démontre toute la résilience de notre démocratie syndicale.

Orientations

Dans un mot d’ouverture senti faisant l’analyse de la conjoncture et le tour des enjeux auxquels sont confrontés les travailleuses et les travailleurs, les syndicats et la CSN, le président Jacques Létourneau, a rendu hommage au travail remarquable des militantes et des militants syndicaux depuis le début de la pandémie. « Rarement, dans notre histoire, les syndicats de la CSN auront été aussi proches des valeurs d’entraide et de solidarité qui ont marqué l’ensemble des combats que nous avons menés depuis maintenant 100 ans », a-t-il déclaré.

Les congressistes ont ensuite pu apprécier, en ateliers, les orientations soumises par le comité exécutif pour le mandat à venir. Vie syndicale et mobilisation, relance post-COVID, transformation du monde du travail et santé-sécurité du travail ont été au menu des délibérations. Les rapports d’atelier ont permis de constater que les enjeux de santé-sécurité du travail arrivent en tête des préoccupations des délégué-es; un rapport faisant état des travaux réalisés dans les ateliers sera soumis pour recommandation à un conseil confédéral subséquent. Il appartiendra également au conseil confédéral de disposer de l’ensemble des amendements et des résolutions provenant des organisations affiliées.

Des finances saines

Pierre Patry a présenté son dernier budget à titre de trésorier de la CSN, poste qu’il occupait depuis 2004. Photo : Dominic Morissette

Les décisions difficiles prises lors du dernier congrès ont permis aux finances de la CSN de tenir le coup et d’affronter la crise que nous traversons avec un optimisme prudent. Le nouveau budget assurre même la prolongation des mesures de soutien aux organisations pour maintenir intégralement les services aux syndicats.

Les délégué-es ont également adopté une résolution visant à bonifier le Fonds de défense professionnelle de la CSN, outil financier unique du milieu syndical québécois en appui aux négociations et aux luttes menées par l’ensemble des syndicats de la centrale. Les prestations lors d’une grève ou d’un lock-out ont été haussées à 300 $ par semaine (un montant pouvant aller jusqu’à 400 $ en fonction de la durée des conflits de travail) et l’admissibilité à celles-ci a de plus été accélérée.

Élections

Le 66e Congrès de la CSN fut également l’occasion de l’élection de nouvelles personnes au comité exécutif de la confédération. Comptable à la firme MCE Conseils, Yvan Duceppe a été élu trésorier de la confédération. Il agissait jusqu’à maintenant à titre de trésorier de la Fédération des professionnèles (FP–CSN). Membre du Syndicat des travailleuses et travailleurs de PJC entrepôt–CSN et président de la Fédération du commerce (FC–CSN), David Bergeron-Cyr a été élu à titre de deuxième vice-président de la CSN. Enfin, la présidente du Syndicat des employé-es de magasins et de bureaux de la SAQ–CSN, Katia Lelièvre, a été élue troisième vice-présidente de la centrale syndicale.

Qui dit élection dit nécessairement départ, à la retraite pour certains et vers différents défis pour d’autres. Le congrès fut l’occasion d’émouvants hommages et adieux à Pierre Patry, Jean Lacharité et Véronique DeSève qui agissaient respectivement comme trésorier, 2e vice-président et 3e vice-présidente.

Pour la première fois cette année, les congressistes ont pu assister à une  assemblée des candidat-es. Photo : Dominic Morissette

Un appel à l’action

C’est sur une note d’espoir et un appel à l’action que le 66e Congrès de la CSN s’est conclu. « En ces temps difficiles, les syndicats de la CSN ont démontré toute leur pertinence pour défendre les droits des travailleuses et des travailleurs », a indiqué Jacques Létourneau. « Plus que jamais, le travail de nos 300 000 membres s’est avéré crucial pour assurer le maintien des activités essentielles au Québec mais également pour diminuer l’impact de la pandémie sur l’ensemble de notre société, notamment en matière de santé et de sécurité au travail. »

Jacques Létourneau. Photo : Dominic Morissette

Constatant l’épuisement qu’entraîne la pandémie chez de nombreux travailleurs et travailleuses, particulièrement ceux et celles œuvrant dans les services publics, le président de la CSN a appelé le premier ministre François Legault à consacrer les prochains mois au nécessaire renforcement de nos services publics. « François Legault doit s’attaquer à l’hécatombe que nous constatons dans le réseau de la santé et en éducation. Il doit recourir à toutes les marges de manœuvre qui sont à sa disposition pour appuyer une relance économique et sociale au bénéfice des travailleuses et des travailleurs. Pour ce faire, il doit mettre un terme à l’austérité budgétaire que constituent les versements au Fonds des générations et un retour trop rapide à l’équilibre budgétaire, et ce, dès le prochain budget du Québec. »


Extrait du numéro de mars 2021 du journal Le Réflexe

Vie du mouvement | Assemblée générale du conseil central

Ann Gingras, dans les coulisses de l’assemblée virtuelle du 3 février.

Le conseil central en mode virtuel

Réunis en assemblée générale le 3 février, les représentants des syndicats affiliés au Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN) étaient unanimes : le ministre Boulet doit refaire ses devoirs et modifier en profondeur le projet de loi 59. Les délégué-es ont adopté une série de résolutions concernant la réforme du régime québécois de santé-sécurité au travail ainsi qu’un plan d’action pour se faire entendre.

Mesures sanitaires obligent, il s’agissait de la seconde assemblée générale du conseil central en mode virtuel. Comme bien des syndicats, nous avons pu constater que cela n’affectait pas négativement la participation. Au contraire, avec une pointe de 163 participantes et participants à certains moments, on peut dire que c’est un succès. La présentation d’une dynamique, et fort instructive, table ronde d’experts sur le projet de loi 59 n’est certainement pas étrangère à cet engouement.

La réforme des lois en matière de santé-sécurité au travail n’était évidemment pas le seul sujet à l’ordre du jour de l’assemblée générale. Les délégué-es ont notamment fait le point sur la négociation du secteur public et les activités de l’édition 2021 de la Journée internationale des droits des femmes (8 mars).


Projet de loi 59

Le ministre Boulet doit refaire ses devoirs

« Le projet de loi 59 réformant les lois en matière de santé-sécurité au travail nous fera reculer de 40 ans », dénonce Ann Gingras, présidente du conseil central. Selon la syndicaliste, le projet de loi 59 sabote ce qui fonctionne bien dans les milieux de travail et prive les travailleuses et les travailleurs des outils nécessaires en prévention. « C’est une réforme sans-cœur pour les personnes accidentées ou malades du travail », ajoute Ann Gingras, « ça a été pensé pour économiser de l’argent sur leur dos et baisser les cotisations des employeurs. »

Pour la présidente du conseil central, le projet de loi est inacceptable dans sa forme actuelle. « À notre avis, il faut minimalement scinder les volets réparation et prévention, qui concernent de toute façon deux lois différentes, et les traiter séparément », dit Ann Gingras. « Le niveau de complexité de ces deux lois dans un même projet fait en sorte que plusieurs articles risquent d’être escamotés et ce sont les personnes accidentées qui paieront en bout de ligne. »

En matière de prévention, les syndicats affiliés au conseil central croient que les acquis actuels doivent être considérés comme un point de départ et être étendus à tous les secteurs du monde du travail. « Il ne fallait pas faire table rase, il y a actuellement des mécanismes qui ont fait leurs preuves dans les milieux industriels et qui ont permis de réduire significativement les accidents et les maladies; il faudrait les étendre à tous les milieux de travail au lieu de saupoudrer comme semble vouloir faire le ministre », croit Ann Gingras. « De plus, le fait de vouloir évacuer l’expertise de la santé publique des milieux de travail pour donner la place aux médecins d’employeurs constitue une gifle au visage pour les travailleuses et les travailleurs. »

En matière de réparation, il faut améliorer l’accessibilité du régime pour qu’il puisse remplir adéquatement son rôle. « Il faut s’attaquer à la surutilisation des médecins dans le processus de la réparation des lésions professionnelles ainsi qu’à la judiciarisation du régime », explique Ann Gingras. Une façon efficace de le faire serait notamment de revoir le mode de financement du régime, actuellement basé sur l’imputation. « Dans l’état actuel des choses, tout pousse à la contestation afin d’éviter une hausse des cotisations. Il faut changer cette façon de faire. Cela entraîne un stress inutile et nuisible que l’on impose à des personnes qui, rappelons-le, sont blessées ou malades », explique-t-elle. Au contraire, la réforme du ministre amènerait le régime à s’enliser davantage dans une judiciarisation.

Les membres du conseil central, qui sont outrés par les reculs prévus dans la réforme du ministre Jean Boulet, se sont dotés d’un plan d’action pour se faire entendre. Dans l’immédiat, les syndicats ont été invités à écrire à leur député mais il n’est pas exclu qu’une manifestation soit organisée lorsque les conditions sanitaires seront un peu plus souples et permettront une mobilisation de terrain. « C’est un sujet trop important, qui touche trop les travailleuses et les travailleurs dans leur quotidien, pour que nous restions silencieux. Il est certain que nous nous ferons entendre haut et fort dans les semaines à venir », conclut Ann Gingras.


Extrait du numéro de mars 2021 du journal Le Réflexe

Mot de la vice-présidente : 8 mars 2021

Journée internationale des droits des femmes – 8 mars 2021

C’est sur le thème Écoutons les femmes que se déroulera cette année la Journée internationale des droits des femmes. Le slogan Écoutons les femmes met en lumière la nécessité d’agir pour une égalité pérenne: les femmes veulent des mesures concrètes et structurantes pour combattre la pauvreté et la violence qu’elles subissent afin d’améliorer leurs conditions de vie et de travail. Elles veulent être écoutées et… entendues! 

Par Barbara Poirier, vice-présidente


Déjà un an

L’édition de cette année marquera, à quelques jours près, un anniversaire tristement inoubliable : celui de la mise en place de mesures sanitaires strictes en raison de la COVID-19, à la mi-mars 2020.

Depuis ce moment, les conditions de vie et de travail des femmes se détériorent à vue d’œil… et elles ont payé le prix fort : plus grande perte d’emplois et de revenus, escalade de la gravité de la violence conjugale, augmentation du travail invisible (charge mentale, soins aux enfants, aux aîné-es et aux personnes vulnérables, travaux domestiques, les femmes font en moyenne 10h de travail invisible de plus que les hommes par semaine).  

Tout ce qui est revendiqué depuis des décennies pour contrer les inégalités, la pandémie le fait ressortir davantage. Les discriminations sont exacerbées et nous pouvons même affirmer sans aucun doute que la crise sanitaire a été, et est toujours à ce jour, révélatrice d’inégalités. 

Une crise pour les travailleuses

Selon un rapport de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) et de l’Observatoire québécois des inégalités, dévoilé en décembre dernier, la crise sanitaire a eu des impacts disproportionnés sur la santé physique et mentale des femmes et sur leur qualité de vie.

Ce sondage révèle que plus de femmes que d’hommes ont perdu leur emploi, soit temporairement soit définitivement, durant la crise sanitaire. Par ailleurs, les femmes qui ont gardé leur emploi ont dû transformer complètement leur quotidien. S’occuper des tout-petits et accomplir leurs tâches professionnelles en parallèle est extrêmement complexe : tout en diminuant leurs heures de travail, elles doivent répondre aux mêmes objectifs de l’employeur et contourner les problèmes engendrés par la fermeture des écoles et des services de garde ou la suspension des activités de loisirs des enfants.

Les données d’Emploi-Québec révèlent qu’en mars 2020, 167 900 femmes avaient été mises à pied au Québec comparativement à 96 100 hommes. Pourquoi un si grand écart? Parce que les pertes d’emplois ont principalement été infligées aux personnes occupant des postes précaires ou des postes peu rémunérés. Deux catégories où les femmes sont surreprésentées depuis toujours. En septembre, soit sept mois après le début de la crise sanitaire, la comparaison des données avec celles de février montrait que la baisse de l’emploi touchait encore plus les femmes (- 81 900 emplois) que les hommes (- 31 700 emplois). Les inégalités existantes en matière d’emploi se sont donc aggravées. 

Comme les femmes composent plus de 80 % du personnel de la santé et des services sociaux, du réseau de l’éducation, des services de garde éducatifs à l’enfance ainsi que du secteur du commerce de détail; elles ont été et sont encore sur la ligne de front. Sans surprise, les conséquences de la pandémie se sont donc avérées particulièrement éprouvantes pour elles. Ces travailleuses ont eu à affronter au quotidien les difficultés de santé et de sécurité entraînées par la situation exceptionnelle que nous connaissons; elles ont veillé sur leurs concitoyennes et concitoyens dans les hôpitaux, les CHSLD et autres établissements de santé, les services à domicile et les services de garde ainsi que dans les écoles. Aussi bien dire qu’elles portent les services publics sur leurs épaules! 

Comme si ce n’était pas suffisant, nous apprenons également que François Legault souhaiterait un retour à l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans! Imaginez les impacts catastrophiques pour les travailleuses du réseau public. Une telle volonté amènerait obligatoirement des politiques visant à réduire les dépenses publiques et donc, une série de compressions budgétaires. C’est assurément sur le dos des travailleuses que cela se ferait.

En plus d’avoir soutenu le Québec depuis mars 2020, il faudra en plus que nous en payions, encore une fois, le prix? Permettez-moi d’être inquiète et insultée devant tant d’injustices!


Extrait du numéro de mars 2021 du journal Le Réflexe